Nous avons, pour la plupart, tous été admiratifs du lancement il y a deux semaines, de la fusée SpaceX, vers la Station Spatiale Internationale, célébrant ainsi son troisième vol habité. Société privée fondée par Elon Musk, SpaceX imagine, fabrique et commercialise les lanceurs Falcon9, les moteurs Merlin, le vaisseau cargo Dragon et sa version habitée le Crew Dragon (Le Figaro nous donne toutes les explications nécessaires ici) et demeure aujourd’hui l’un des plus gros prestataires de la Nasa. Au-delà de la prouesse technologique incontestable, il est intéressant de comprendre quel est l’enjeu pour Tesla, d’une part, et pourquoi le marché des spaceTech va exploser en France comme ailleurs.

 

Tesla, de la data à la conquête spatiale

Pour rappel, Tesla est un pilier du Big Data et fait partie des « NATU » (Netflix, Airbnb, Tesla et Uber) qui collectent et analysent les données de milliards d’utilisateurs. Grâce aux capteurs embarqués dans ses véhicules et sur les conducteurs, l’entreprise traite un gros volume de données. Selon McKinsey, le marché des données générées par les véhicules pourrait valoir 750 milliards de dollars par an en 2030, de quoi nourrir d’autres ambitions.

Car outre le souhait d’Elon Musk de donner accès à l’Internet haut débit depuis l’espace à toutes les régions du monde avec son projet Starlink, il prévoit de se lancer dans le domaine du tourisme spatial via SpaceX lors d’une première mission nommée « Inspiration4 » au dernier trimestre 2021. Précisons que le marché du tourisme spatial pourrait générer, selon plusieurs études, 20 milliards de dollars par an de revenus. Elon Musk n’est pas le seul à s’y intéresser, Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et de Blue Origin, et Richard Branson fondateur de Virgin Galactic s’y préparent également. Cet engouement questionne, le rêve et la passion seraient-ils les seules motivations de cette ruée vers l’espace ?

 

Les données spatiales, une manne tombée du ciel

Evidemment que non. Tesla comme d’autres ont en tête l’or noir du business sur terre comme dans le ciel : la data. Les données spatiales utilisées à des fins économiques représentent un enjeu majeur et le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) affiche ses ambitions « l’abondance de données spatiales et la manière de les traiter doivent entrer dans les préoccupations numéro 1 du CNES » révèle Philippe Baptiste, qui prendra la tête du CNES d’ici peu.

Cette ferveur autour des données spatiales est la conjonction de plusieurs facteurs : la prédominance du numérique dans nos sociétés, la démocratisation et l’accès aux données satellitaires, une croissance exponentielle des données disponibles et notre capacité technologique à les traiter. Même constat de la part de Josef Aschbacher, Président de l’Agence spatiale européenne (ESA) : « Un immense champ de recherches s’ouvre en mariant intelligence artificielle, technologies quantiques et données spatiales ».

Aujourd’hui, les données spatiales voient leur potentiel exploité sur des secteurs comme le tourisme, l’agriculture ou l’assurance avec l’exemple de l’AssurTech Descartes Underwriting, qui a levé 15,7 millions d’euros en septembre 2020 pour modéliser l’évolution du risque climatique selon les régions. Le transport également qui s’appuie sur la science spatiale au service du véhicule autonome et des mobilités durables.

Egalement, ces précieuses informations peuvent avoir un impact sur l’innovation industrielle. Saviez-vous par exemple que le micro-ondes ou encore l’ordinateur portable ont vu le jour dans le cadre du programme Apollo ?

 

SpaceTech, le marché qui fera le plein d’innovation

Entre 2000 et 2017, plus de 16 milliards d’euros ont été investis dans la spaceTech dans le monde selon un rapport de Bryce Space and Technology, dont la moitié sur les cinq dernières années. Il faut s’attendre à ce que des issus startups issues de la SpaceTech, dont les solutions reposent sur l’exploitation des données spatiales, se multiplient d’autant que l’aéronautique, et toutes ses composantes, reste un fleuron de l’industrie française. Les chiffres confirment cette tendance puisque 35 startups ont levé un total de 260 millions d’euros depuis 2018 (source CNES).

C’est dans cet esprit que plusieurs acteurs français, publics et privés ont créé Blast, un programme d’accélération des séries A de l’ASD (Aéronautique, Spatial et Défense). Certains prétendent que Blast pourrait faire émerger un spaceX à la française.

Il faut dire que le potentiel est énorme. Les applications spatiales issues des informations récoltées peuvent agir autant pour résoudre des problématiques sociétales (le climat, l’aménagement du territoire, l’énergie, les océans…) que créer des opportunités business. Les innovations technologiques sont infinies dans ce domaine quand on sait combien sont précieuses les données récoltées.

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à lire ici l’entretien mené par Patrick Randall pour Les Numériques avec Christelle Astorg-Lepine, directrice de Blast.

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