Dans un précédent billet sur l’impact du confinement, nous constations avec nos clients que « la crise interroge nos choix quotidiens : va-t-on en retirer du positif à l’échelle de la société ? Il y a un véritable espoir, il peut y avoir une profonde transformation, (…) c’est aussi notre rôle de se concentrer sur ce qu’on veut en faire ». Quelques mois de recours massif au télétravail et un nouvel épisode de canicule plus tard, on peut sans trop de risques affirmer que le numérique et les questions environnementales seront au cœur du fameux « monde d’après ».

Catalyseur d’innovations, formidable outil de lien social, véritable moteur de croissance : les atouts du numérique sont incontestés. Mais son empreinte écologique devient de plus en plus préoccupante. Au niveau mondial, alors qu’il génère déjà 4% des émissions de gaz à effet de serre, son empreinte carbone pourrait doubler d’ici 2025.

En France, chacun de nous utilise 11 à 15 appareils numériques en moyenne. La fabrication et l’utilisation de ces ordinateurs, smartphones, tablettes, consoles de jeux, imprimantes, téléviseurs et autres objets connectés représente chaque année 6 fois la consommation électrique de Paris, 5 fois la consommation d’eau des Parisiens et autant d’émissions de gaz à effet de serre que celles émises par 2,2 millions d’habitants de la capitale française*.

 

Alors ? Dans le monde d’après, faut-il renoncer à nos écrans ou sacrifier notre environnement ?

Pas forcément, et c’est peut-être bien dans le refus d’un tel dilemme – mais aussi dans la prise de conscience de notre responsabilité individuelle et collective – que l’on peut placer une partie des espoirs nés de la crise actuelle.

Car une autre conception du numérique peut se généraliser : celle d’un numérique responsable. C’est-à-dire, selon la définition qu’en donnait dès 2018 le collectif GreenIT, celle d’un numérique « dont l’empreinte économique, écologique, sociale et sociétale a été volontairement réduite » et capable d’aider « l’humanité à atteindre les objectifs du développement durable ».

Avancer ensemble vers une plus grande sobriété numérique, qui plus est en évitant les pièges de l’angélisme comme du « green washing », ne sera certainement pas aisé. Mais les réflexions qui se multiplient ces derniers mois invitent à un certain optimisme : que ce soit au sein de la Convention Citoyenne pour le Climat, du CNNum et du HCC, de la mission d’information du Sénat, du sommet Tech for Good ou encore de think tanks comme The Shift Project ou l’Institut du Numérique Responsable – pour ne citer que quelques exemples – la mobilisation des sphères associatives, citoyennes, privées et publiques en faveur d’un numérique plus responsable s’accélère.

A l’échelle individuelle, la priorité est de comprendre que nos usages du numérique ont un impact bien réel sur l’environnement. Selon une enquête BVA Orange réalisée en novembre 2019, les Français sont pourtant nombreux à l’ignorer. Beaucoup d’entre nous (74%) ne savent pas que regarder un film en streaming consomme plus d’énergie que de le télécharger, ou qu’envoyer un mail avec une pièce jointe consomme autant d’énergie qu’une ampoule allumée pendant 24 heures (70%).

 

Faire connaître la « face cachée » du numérique est d’autant plus essentiel que c’est la première étape pour (ré)concilier transition digitale et environnementale.

Permettre à chaque citoyen-consom’acteur de mieux mesurer les implications de certaines habitudes, c’est ouvrir à tous la possibilité de devenir acteurs du changement. Comme l’ont noté les membres de la Convention Citoyenne pour le Climat, « dans l’esprit des gens, le numérique est immatériel et peut faire l’objet d’un usage illimité. Nous avons nous-mêmes été stupéfaits (…) de découvrir l’impact carbone de nos pratiques ».

Cependant cette découverte doit aller au-delà des meilleures pratiques en matière d’utilisation du numérique. En effet, comme le rappelle la mission d’information du Sénat, c’est surtout la fabrication et la distribution de nos terminaux qui génèrent la majeure partie (70%) de l’empreinte de ce numérique en France.

A l’échelle collective, les initiatives publiques ou privées en faveur de l’allongement de la durée de vie de ces terminaux ne peuvent donc qu’avoir un impact positif sur l’environnement. En optant pour des modèles économiques qui privilégient la réparation, le reconditionnement et le recyclage de nos équipements numériques, nous pouvons non seulement limiter les consommations d’eau, d’énergie et de terres rares, mais nous pouvons aussi favoriser le développement d’activités nouvelles, propices à la création d’emplois sur notre propre territoire.

De même, en adoptant une démarche d’éco-conception de leurs produits et services, en laissant la possibilité aux consommateurs de choisir des applications simplifiées ou des logiciels plus sobres lorsque ceux-ci suffisent à leurs besoins, ou encore en privilégiant des data centers qui affichent de meilleures performances environnementales, les entreprises peuvent faire des choix stratégiques propices à un numérique plus responsable.

Ceux-ci n’iront pas sans débats, et les besoins en matière de partage d’informations et de pédagogie sont immenses. Mais le « monde d’après » en vaut la peine, car c’est aussi le nôtre.

*Source : étude iNum, juin 2020.

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